Une leçon du Japon – Blogue du FMI

Par Chie Aoyagi

L’arrêt volontaire de l’économie au Japon d’un mois et demi en avril en raison du COVID-19 a eu un coût plus élevé pour les femmes que pour les hommes. Une raison essentielle: un «écart de culpabilité» entre les femmes et les hommes, où les femmes se sentent souvent obligées de faire plus de sacrifices professionnels.

Près d'un million de femmes – dont la majorité occupait des postes temporaires et à temps partiel – ont quitté la population active entre décembre et avril.

Au milieu des perturbations massives des services de garde d'enfants et des écoles, la recherche dans un document de travail du FMI a contribué à solidifier une vérité universelle: les femmes plutôt que les hommes font souvent face à une plus grande responsabilité et culpabilité de n'être ni la mère idéale ni l'employée idéale.

Si le marché du travail était plus favorable à l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, alors nous aurions peut-être vu un résultat plus équilibré pendant la pandémie avec des hommes et des femmes intervenant pour aider les enfants. Les politiques visant à promouvoir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée et l'égalité des sexes seront également essentielles pour contribuer à améliorer les possibilités d'emploi et les carrières des femmes dans la «nouvelle normalité» après la maîtrise de la pandémie.

Travailler à une reprise inclusive

Les conclusions du document de travail sont de plus en plus pertinentes pour planifier une reprise économique plus inclusive. Quels aspects d'un emploi améliorent l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée et combien de revenus l'emploi devrait-il offrir? En répondant à cette question pour les travailleurs japonais, nous avons étudié les compromis que les hommes et les femmes accepteraient entre gagner plus de salaire ou passer plus de temps à la maison.

Une analyse est tirée d'une expérience qui a interrogé près de 1000 hommes et femmes japonais en âge de travailler sur leur préférence pour différents niveaux d'attributs d'emploi affectant l'équilibre travail-vie personnelle, y compris les heures supplémentaires, l'insécurité de l'emploi, le risque de transfert de département et le risque de délocalisation géographique.

Premièrement: il a été constaté que les femmes sont plus disposées que les hommes à sacrifier un montant important de salaire en échange d'un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Par exemple, pour certaines tranches d'âge et de salaire, les mères sont prêtes à sacrifier environ 3 000 $ de plus en salaire annuel que les hommes pour éviter le risque de déménagement; ils renonceraient à environ 6 500 $ de plus que les hommes pour éviter plus de 45 heures supplémentaires par mois. Les hommes qui n'ont pas d'enfants sont en moyenne plus disposés à échanger leurs salaires contre un équilibre entre vie professionnelle et vie privée que ceux qui ont des enfants.

L'écart de culpabilité

Une partie de cette différence entre les sexes dans la volonté de payer pour un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée peut s'expliquer par un plus grand sentiment de culpabilité chez les femmes que chez les hommes. Les femmes ont déclaré un sentiment de culpabilité plus élevé que les hommes pour avoir manqué non seulement des activités liées aux enfants (par exemple, des événements scolaires), mais aussi la cuisine et les soins aux parents, à cause du travail.

Ces sentiments de culpabilité se heurtaient alors aux préférences. Dans l'ensemble, des niveaux plus élevés de sentiment de culpabilité correspondent à une plus grande volonté de payer pour un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Par exemple, ces sentiments de culpabilité se traduisent par une forte volonté de payer pour éviter les heures supplémentaires. Les femmes qui se sentiraient très coupables d’avoir manqué l’événement d’un enfant ou de ne pas prendre soin de leurs parents sont prêtes à sacrifier 12 000 $ de leur salaire annuel pour éviter plus de 45 heures par mois d’heures supplémentaires.

Implications politiques

Cette analyse contribue au débat politique sur l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée au Japon – un pays célèbre pour ses longues heures de travail. Un indice récent de l'Organisation de coopération et de développement économiques classait le Japon au 35e rang sur 40 pays en termes d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. La culture du travail au Japon est à bien des égards un héritage des décennies passées, lorsque la plupart des femmes quittent leur emploi après s'être mariées pour fonder une famille tandis que leur mari est devenu le seul soutien de famille. L'éthique de travail japonaise obligeait souvent les hommes à faire des heures supplémentaires et à déménager en fonction des besoins de l'entreprise. Cependant, le vieillissement de la population et la croissance limitée des salaires après les années 1990 ont stimulé une plus grande participation des femmes au marché du travail, poussant les décideurs à répondre aux demandes de modalités de travail plus flexibles. Ces dernières années, les décideurs japonais, reconnaissant l'importance économique de l'autonomisation des femmes, ont élevé l'égalité des sexes au rang de priorité publique. Mais la mise en œuvre a été difficile, en partie en raison des problèmes mis en évidence dans ce document de travail.

Les résultats ont plusieurs implications politiques.

Premièrement, il semble valider une proposition de politique au Japon – l'utilisation de contrats plus «réguliers limités». Ces contrats de travail fixent des limites aux heures supplémentaires et aux délocalisations obligatoires pour les travailleurs occupant des emplois traditionnels et permanents. Une plus grande disponibilité de ces options d'emploi augmenterait la productivité et donc les salaires des personnes actuellement sous contrat non régulier. Les hommes et les femmes bénéficient de tels arrangements, mais ces contrats peuvent intéresser les mères qui travaillent, en particulier parce que la majorité d'entre elles sont actuellement des employés non réguliers avec un salaire inférieur et une sécurité d'emploi.

Deuxièmement, les décideurs doivent être sensibles aux différences de culpabilité fondées sur le sexe. Il faut veiller à ce que les contrats réguliers limités ne creusent pas davantage les disparités entre les sexes sur le lieu de travail et ne créent pas de nouveaux plafonds de verre pour les femmes.

Enfin, la mobilité entre les contrats est importante. Par exemple, les travailleurs peuvent changer de contrat en fonction de leur étape de vie; un travailleur peut préférer des contrats à durée limitée lorsque les enfants sont petits, mais peut-être pas plus tard lorsque les enfants quittent le nid.

Renforcer la résilience pour l'avenir

La pandémie et le télétravail généralisé ont ébranlé le stéréotype de longue date du «salarié» japonais. Même dans la culture de travail exigeante du Japon, les preuves montrent que les hommes et les femmes qui travaillent attachent de la valeur à un équilibre raisonnable entre le bureau et la maison. Avec les bonnes politiques, cette pandémie peut servir de catalyseur pour l'autonomisation des femmes et la création de la flexibilité pour un équilibre entre vie professionnelle et vie privée qui soutient mieux l'égalité. Si nous voulons bâtir une société plus résiliente, l'égalité des sexes doit être une priorité absolue.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *