Navires du CfP dans la nuit prolétarienne: la pensée marxiste contemporaine en France et en Grande-Bretagne

Demande de papiers Navires dans la nuit prolétarienne: la pensée marxiste contemporaine en France et en Grande-Bretagne

25-27 mars 2021

Immeuble Alison Richards, Site de Sidgwick, Université de Cambridge

Conférenciers confirmés:

Razmig Keucheyan (Université de Bordeaux), Stathis Kouvelakis, Julia Nicholls (King’s College London), Kristin Ross (Université de New York)

Dans les années 1840, Marx déménage vers l'ouest: exilé d'Allemagne, contraint de se rendre en France, rejoignant Engels en Grande-Bretagne. Chaque étape était cruciale pour la constitution de ce que nous appelons aujourd'hui le marxisme, car la philosophie allemande, le socialisme français et l'économie britannique se sont réunis dans une synthèse puissante et durable. Un échange entre la France et la Grande-Bretagne se situe ainsi au début de la tradition de pensée marxiste. Le saut de Marx à travers la Manche n'est pas le seul moment où une rencontre créative entre la pensée radicale en Grande-Bretagne et en France s'est produite. On pense, par exemple, au moment fertile des années 1870 et 1880, lorsque l'événement de la Commune de Paris a contribué à déclencher un renouveau du socialisme britannique; sa signification capturée par William Morris, le poète du marxisme, dans son affirmation selon laquelle la Commune a posé «la première pierre du nouveau monde qui doit être». On peut aussi penser ici à la décennie qui a suivi les événements de mai 1968 à Paris. L'éruption politique en France, et avec elle le renouveau de la pensée radicale, ont inauguré un nouveau moment d'échange. En particulier, le marxisme de Louis Althusser, Pierre Macherey et Nicos Poulantzas a piqué les interventions critiques, voire parfois caustiques, de Stuart Hall, Terry Eagleton et E. P. Thompson, tout en jouant un rôle crucial dans le réoutillage de la tradition britannique des études culturelles.

Ces trois moments de rencontre suscitent une interrogation: quelle est la signification de la connexion anglo-française pour le marxisme contemporain? Il existe des courants de pensée marxiste clairement viables dans les deux pays. Le séminaire «lectures de Marx», dirigé par des étudiants, à l'École normale supérieure, fondée en 2009, est un signe de l'engagement critique continu avec le marxisme par une génération actuelle d'étudiants. En Grande-Bretagne, il y a des signes provisoires similaires d'un renouveau du marxisme, avec des forums tels que le festival World Transformed et le magazine Salvage, ainsi que la force continue d'éditeurs tels que Verso et Pluto, offrant une étape pour le rajeunissement de la pensée socialiste. Pourtant, ces deux tendances semblent étrangement déconnectées; comme deux navires dans la nuit, les échanges entre le marxisme français et britannique sont fugaces, sans le dynamisme et le dynamisme des moments de l'après-Commune et de l'après-1968. Où sont les échanges réciproques entre les deux traditions aujourd'hui? Comment les polémiques productives du passé peuvent-elles être reproduites dans le moment contemporain?

La préoccupation ici n'est pas purement abstraite; il y a des raisons concrètes pour lesquelles une nouvelle rencontre entre le marxisme français et britannique revêt une importance particulière aujourd'hui. Pour emprunter un terme althussérien, popularisé par Stuart Hall, les deux pays sont confrontés à une conjoncture qui partage certaines similitudes clés. Pour prendre quelques exemples évidents: la tentative de relance du socialisme par une stratégie populiste de gauche, représentée par le Parti travailliste de Jeremy Corbyn et La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon; la puissance accrue des actions de rue et de protestation controversées, que ce soit sous la forme de grèves nationales contre les réformes des retraites de Macron ou des tentatives de la rébellion d’extinction de mettre Londres au point mort; une politique d'austérité, étayée par quarante ans de néolibéralisme, qui vise les derniers vestiges de l'État-providence; et, enfin, l'héritage du colonialisme, avec des questions postcoloniales de nation, de race et d'identité infléchissant les deux politiques.

Les navires dans la nuit prolétarienne ont donc trois objectifs. Tout d'abord, explorer l'histoire des rencontres marxistes anglo-françaises, enrichissant notre compréhension de l'histoire des échanges entre les deux traditions. Deuxièmement, considérer l'état contemporain de la pensée marxiste en France et en Grande-Bretagne, en insistant sur les récents renouveaux de la pensée et de l'action socialistes dans chaque contexte. Troisièmement, explorer les possibilités latentes de nouvelles rencontres dans le futur, en considérant comment chaque tradition pourrait enrichir l'autre, en jetant un nouvel éclairage sur les questions pressantes de la conjoncture contemporaine.

Les sujets possibles pourraient inclure:

  • Echanges historiques entre les traditions marxistes en Grande-Bretagne et en France
  • La Commune de Paris et son héritage, dont elle marquera le 150e anniversaire en mars
  • Penseurs et projets marxistes contemporains
  • Questions de traduction, de diffusion et de réception
  • La montée (et la chute possible) du populisme de gauche
  • Mouvements de résistance, tels que la rébellion d'extinction, les gilets jaunes et l'action syndicale
  • Le droitisme radical: ses causes et ses conséquences
  • Nouvelles approches théoriques
  • Le marxiste prend la financiarisation
  • Empire, Anticolonialism and Marxism: With and Beyond C.L.R. James et Aimé Césaire

Veuillez envoyer un résumé (max. 250 mots) à marxseminaradmin@riseup.net avant le 9 novembre 2020. Les articles ne doivent pas durer plus de 20 minutes. Nous acceptons les articles en français et en anglais. Pour les non-francophones, les articles seront traduits et diffusés dans la salle. Toutes les informations seront également disponibles sur le site Internet du CRASSH.

Organisateurs: Sakshi Aravind, (Cambridge) Joe Davidson, (Cambridge) Louis Klee, (Cambridge) Marion Leclair, (Université d’Artois) Solange Manche, (Cambridge)

À propos du séminaire Marx de Cambridge Reading

Fondé par Solange Manche, Louis Klee et Joe Davidson en juillet 2019, le Cambridge Reading Marx Seminar est un forum de recherche multidisciplinaire basé au King's College et coopère avec le séminaire «lectures de Marx» de l'École normale supérieure (Ulm) à Paris. Nous organisons un cercle de discussion de style groupe de lecture et accueillons des conférenciers invités, créant un espace de discussion sur le travail de Marx.

APPEL À COMMUNICATIONS

La pensée marxiste contemporaine en France et en Grande-Bretagne: une rencontre manquée?

Du 25 au 27 mars 2021,

Immeuble Alison Richards,

Site de Sidgwick,

L'Université de Cambridge

Conférences plénières confirmées:

Razmig Keucheyan (Université de Bordeaux), Stathis Kouvélakis, Julia Nicholls (King’s College Londres), Kristin Ross (Université de New York),

Dans les années 1840, Marx part pour l’Ouest: exilé et contraint d’aller à Paris, il rejoint Engels au Royaume-Uni. Chaque étape fut fondamentale dans la constitution de ce que nous appelons aujourd’hui le marxisme, donnant naissance à une puissante et durable synthèse entre la philosophie allemande, le socialisme français et l’économie politique britannique. Les échanges entre la France et le Royaume-Uni inaugurent donc le début de la tradition intellectuelle marxiste. Bien après la traversée de la Manche par Engels puis Marx, la rencontre du marxisme, de la pensée radicale britannique et du socialisme français donne encore lieu à des élaborations fécondes. On peut par exemple voir le moment très fertile des années 1870 et 1880, quand la Commune déclenche une renaissance du socialisme britannique, incarnée dans la poésie de William Morris, pour qui la Commune «posa la première pierre du nouveau monde à venir». On peut également inclure la décennie qui procède les évènements de mai-juin 68. L'éruption politique en France et le retour de la théorie radicale initièrent un nouveau moment d'échanges – parfois acides: le marxisme critique de Louis Althusser, de Pierre Macherey et de Nicos Poulantzas, s'il déclenche parfois les foudres polémiques de Stuart Hall, de Terry Eagleton et de EP Thompson, n'en joue pas moins un rôle décisif dans le renouvellement de la tradition britannique des Études culturelles.

Ces trois moments de rencontre suscitent l’interrogation: quel est le leg de ces liens franco-britanniques au marxisme contemporain? Il y a clairement des courants de pensée marxiste établis dans les deux pays. Le séminaire d’élèves «Lectures de Marx à l’ENS Ulm, né en 2009, est bien le signe d’un retour de l’engagement critique avec la pensée marxiste dans la présente génération d’étudiant.e.s. En Grande-Bretagne, il y a des initiatives similaires, quoi que moins développées, comme le festival «Le monde transformé» et la revue Sauvetage, ainsi que des maisons d’édition comme Verso et Pluton, qui offrent une plateforme à la régénération de la pensée socialiste. Pourtant, ces deux tendances semblent étrangement déconnectées l’une de l’autre; comme deux navires dans la nuit, les échanges entre marxisme français et marxisme britannique sont passagers, dépourvus du dynamisme du moment post-communard et post-68. Où en sont les échanges entre les deux traditions aujourd’hui? Comment est-ce que ces polémiques productives du passé peuvent être reproduites dans le moment présent?

La question ici n’est pas entièrement abstraite; il y a des raisons concrètes à l’importance d’une rencontre entre marxisme français et britannique aujourd’hui. Pour emprunter un terme d’Althusser, popularisé par Stuart Hall, les deux pays font face à une conjoncture qui partage de nombreuses similarités. Il y a l’effort de faire revivre le socialisme à travers une stratégie populiste, représentée par le Labour de Jeremy Corbyn et par la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon; le retour en force des contestations populaires, sous la forme d’appels à la grève générale contre les réformes du gouvernement Macron (gilets jaunes) ou des efforts d’extinction Rebellion pour bloquer la ville de Londres; les politiques d'austérité, renforcées par quarante ans de néolibéralisme débridé cherchant à défaire les derniers vestiges de nos acquis sociaux de l'après-guerre — et enfin, l'héritage du colonialisme et les questions de nation, de «race» et d 'identité qu'il entraîne.

Ce colloque poursuit donc trois objectifs. Tout d’abord, il veut explorer l’histoire des échanges entre marxisme français et britannique, pour enrichir notre compréhension historique des rencontres entre les deux traditions. Deuxièmement, il se propose d’examiner l’état présent du marxisme en France et en Grande-Bretagne, en prenant appui sur le retour conjoint de la pensée critique et des mouvements sociaux. Troisièmement, il souhaiterait explorer les possibilités de rencontres futures, essayer d’entrevoir comment chaque tradition peut aider à enrichir l’autre en réfléchissant aux questions les plus pressantes de la conjoncture actuelle.

Les propositions pourront aborder les enjeux suivants:

  • Les échanges historiques des traditions marxistes en Grande-Bretagne et en France
  • L’héritage de la Commune de Paris dont on célèbre les 150 ans en mars
  • Les projets intellectuels et militants marxistes contemporains
  • La traduction, la circulation et la réception des textes entre les deux pays
  • L'ascension (et la chute possible) du populisme de gauche
  • Les mouvements d’émancipation et les mouvements sociaux tels qu’extinction rebellion et les gilets jaunes
  • La financiarisation et ses critiques marxistes
  • L’impérialisme et l’anticolonialisme dans la pensée marxiste contemporaine, d’Aimé Césaire à C.L.R James à nos jours

Les propositions (max.250 mots) sont à envoyer à marxseminaradmin@riseup.net, le 9 novembre 2020, au plus tard. Les communications ne doivent pas dépasser 20 minutes. Nous acceptons des propositions en anglais ou en français. Pour les non-francophones, les communications seront traduites et circuleront dans la salle. Toutes les informations seront également disponibles sur le site de CRASSH.

Organisatrices.eurs: Sakshi Aravind, (Cambridge) Joe Davidson, (Cambridge) Louis Klee, (Cambridge) Marion Leclair, (Université d’Artois) Solange Manche (Cambridge)

À propos du séminaire:

Le séminaire Marx à Cambridge est né lors d'une rencontre entre ses membres et ceux du séminaire «Lectures de Marx» à Paris, en juillet 2019. Principalement basé au collège de King's College, le séminaire combine atelier de lecture et interventions de chercheurs spécialistes , a déclaré ainsi un espace de discussion autour de l'œuvre de Marx.

APPEL AUX ARTISTES

Exposition en ligne au CRASSH pour la conférence Ships in the Proletarian Night

Pour notre conférence, nous recherchons également des artistes qui souhaiteraient contribuer à une exposition en ligne qui sera hébergée sur le site du Centre de Recherche en Arts, Sciences Sociales et Humanités (CRASSH, Cambridge). Compte tenu de l'incertitude concernant Covid, nous avons décidé d'héberger l'exposition entièrement en ligne et ainsi accueillir les soumissions qui se prêtent à ce format. Nous recherchons des travaux qui abordent des questions pertinentes pour notre conférence, telles que les mouvements sociaux et politiques, le colonialisme, l'austérité et l'économie.

Les soumissions seront examinées avec l'appel général et doivent être envoyées à marxseminaradmin@riseup.net avant le 9 novembre 2020. Les œuvres d'art peuvent encore être en cours d'achèvement.

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