Les ménages de l'Union européenne peuvent-ils joindre les deux bouts?

La moitié des ménages interrogés par Eurostat se considèrent incapables de trouver les ressources dont ils auraient besoin pour faire face à une dépense imprévue dans un délai d'un mois, estimée par les experts à 375 € dans le cas de la Grèce.

Cet article a été initialement publié dans le quotidien grec «Kathimerini».

Seriez-vous en mesure de payer des frais imprévus de taille moyenne dans votre famille, par exemple une chirurgie ou des funérailles, des réparations urgentes à domicile ou le remplacement d'une machine à laver? C’est une question posée dans une enquête menée par Eurostat, l’office des statistiques de l’Union européenne, visant à comprendre comment les ménages évaluent leur propre capacité à faire face à des dépenses imprévues.

Un ménage sur trois dans l'UE n'a pas les moyens de payer une telle dépense. Le chiffre correspondant en Grèce est de 50%, ce qui place le pays dans la troisième pire position après la Lettonie et la Croatie. La moitié des ménages interrogés s'estiment incapable de trouver les ressources dont ils auraient besoin pour faire face à une dépense imprévue dans un délai d'un mois, estimée par les experts à 375 euros dans le cas de la Grèce.

Le montant de 375 euros représente environ un quart du revenu mensuel moyen des ménages grecs (1 600 euros). Le choix d'un tel montant ne vise pas à tester «l'abordabilité» du revenu. Il vise plutôt à vérifier si les ménages ont suffisamment d’épargne à utiliser pour un jour de pluie, un concept connu sous le nom de «résilience financière». Ou en l'absence de fonds, concept connu sous le nom de «fragilité financière», c'est-à-dire incapacité à faire face à des dépenses qui ne sont pas quotidiennes, mais qui ne sont pas tout à fait rares non plus.

La position de la Grèce n’a pas toujours été aussi basse. Au début de la crise financière, en 2009, 25% des ménages grecs estimaient être financièrement fragiles. C'était en dessous de la moyenne de l'UE et de moitié par rapport à ce qu'il est actuellement. Mais de 2010 à 2014, lorsque le ratio s'est stabilisé à 50%, le nombre de ménages incapables de payer ces coûts a doublé. En revanche, la fragilité médiane des ménages de l'UE est restée stable, bien qu'il existe des différences très importantes entre les pays.

Ce n'est pas une histoire sur les segments les plus pauvres de la population. L’objectif de l’enquête Eurostat est de comprendre comment le ménage moyen se situe en termes de fragilité. Les chiffres, recueillis pour la dernière fois en 2018, montrent qu'un bon nombre de ménages à travers l'Europe sont entrés dans le verrouillage de la pandémie avec des économies insuffisantes. Les conséquences de cette récession ne sont pas encore connues, mais nous savons que de nombreux ménages atteindront et même franchiront le seuil de pauvreté, avec les conséquences sociales correspondantes.

Certes, tous les pays d'Europe ont fourni une assistance aux personnes immédiatement touchées. Mais cette assistance ne peut être que temporaire et ciblée. Le ménage moyen doit être en mesure de s'aider lui-même. Et oui, si plus de revenus est toujours mieux, le concept de fragilité financière concerne la capacité à épargner.

L'enquête d'Eurostat montre également que ces chiffres changent mais pas rapidement, et c'est parce que l'habitude d'épargner, nécessaire à la résilience financière, est quelque chose qui doit être enseigné et soutenu.

De nombreux pays ont désormais des initiatives pour sensibiliser, soutenir et encourager les ménages à améliorer leur bien-être financier. De la promotion et du soutien de la littératie financière à tous les niveaux du système éducatif à la fourniture de conseils directs dans les moments difficiles, le bien-être financier des ménages fait partie intégrante du bien-être de la société. Pour que les ménages soient mieux préparés à la fois à leurs besoins de revenu à long terme (par exemple, garantir des ressources pour leur vieillesse) ainsi qu'aux besoins variables les plus à court terme, planifiés et non planifiés.

Pour un continent qui a bâti une société qui valorise le bien-être et les filets de sécurité, c'est une grande surprise, voire une déception, de voir combien d'entre nous sont incapables de faire face aux frais d'un enterrement ou d'une réparation non planifiée de la maison. La classe moyenne européenne n'est pas aussi sûre financièrement qu'elle aurait pu le souhaiter.

Cet article est basé sur la récente contribution politique de Bruegel «La fragilité financière des ménages européens à l'époque du Covid-19» des mêmes auteurs


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